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Procès Fourniret - Justice

« Je suis dangereux »

Le tueur en série présumé accusé de sept meurtres aggravés devant les assises des Ardennes a commencé à parler, hier, sans faire toutefois de révélations.

CHARLEVILLE-MÉZIÈRES- Il a tenu parole. Comme il l'avait promis mercredi dernier à ses proches, Michel Fourniret accepte désormais de répondre aux questions qu'on lui pose. Mais, hier, devant la cour d'assises des Ardennes devant laquelle il comparaît depuis le 27 mars avec son épouse Monique Olivier, accusés de sept enlèvements, viols et meurtres de jeunes filles, il n'a pas dit grand-chose qu'on ne sache déjà.
D'emblée, le président Gilles Latapie précise que « le fonctionnement de l'audience ne sera pas perturbé » en raison « des nouvelles dispositions de M. Fourniret ». Mais deux audiences supplémentaires ont été programmées, jeudi et vendredi matin. En outre, à partir de ce lundi, les débats sont enregistrés et placés sous scellés.

Un long face à face


« Je vais vous faire un aveu », dit Fourniret. « Je préférerais me taire, mais je me sens beaucoup plus léger d'avoir sollicité les miens qu'ils m'autorisent à parler. »
Le tueur en série présumé commence par « présenter un petit paquet d'excuses », notamment aux deux juges d'instruction, à la suite des déclarations fantaisistes de Monique Olivier. Il avoue d'ailleurs s'être « laissé berner par une cigale aussi désinvolte que dénuée de passions. » Il reconnaît toutes les infractions qu'on lui reproche, tient des propos parfois abscons, mais il essaie de répondre le plus courtoisement aux témoins. Fourniret reconnaît aussi que tant qu'il n'aura pas la certitude d'avoir défloré une vierge il restera « un individu dangereux. »
Le long face à face qu'il a ensuite avec plusieurs de ses victimes des années 80 sera pour lui une épreuve. La première, Dahina Leguennan, 40 ans, est une jeune femme de couleur, grande, mince, au caractère ferme, au langage clair. Elle a été agressée le 4 septembre 1982 par Fourniret qui la menaçait avec une fiole de vitriol. « Il était courtois » dit-elle. « Il m'a dit, on va faire un simulacre de viol pour qu'on ne croie pas que j'étais complice. Il n'y a pas eu une relation sexuelle complète. »
Le témoin se souvient que son agresseur a pleuré, qu'il s'est excusé, il a dit qu'il ne recommencerait plus. « J'ai fini par vous croire ». Mais Fourniret a continué. Il a été jugé en 1987 à Evry. Mais la cour d'assises a requalifié les faits en attentat à la pudeur. Il est sorti quelques mois plus tard. Pour tuer.
Dahina ne comprend pas ces dysfonctionnements de la justice. Plusieurs avocats s'étonnent que le dossier ait disparu.

Frustrée


Sandrine Senaillac-Poirier, petite femme ronde de 39 ans s'étonne d'avoir été convoquée devant la cour 25 ans après les faits. Elle n'a rien oublié pourtant des menaces, du vitriol, du revolver, des liens qui l'ont entravée. « J'ai vraiment cru qu'il allait me tuer », dit-elle. « Mais à 15 ans on a moins peur de la mort que du vitriol. »
A 15 ans, Sandrine était déjà forte dans sa tête. Elève de philo, elle a beaucoup parlé avec son agresseur qui, en partant sans l'avoir violée, a jeté la fiole qu'il disait être du vitriol en lui promettant de ne plus recommencer. « Je suis frustrée car il n'a pas compris ce que je lui ai dit », regrette la jeune femme. Elle ajoute aussitôt : « Je suis scandalisée par la justice car il y a eu plein de choses qui ont permis qu'il parvienne à ce qu'il a fait. J'ai un souvenir horrible de la cour d'assises d'Évry. » Puis, elle se tourne vers Monique Olivier : "Mes poils se hérissent en imaginant qu'une femme puisse entrer dans une combine comme ça. J'ai un total mépris pour elle."
Plusieurs témoins sont ensuite venus à la barre, policiers et victimes. Mais il faudra attendre un peu pour savoir si Fourniret fera les révélations que toutes les familles attendent.

Compte rendu d'audience Marcel GAY

14/05/08

Pierre Blocquaux, le conseil de Michel Fourniret.
Photo AFP
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