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Livre sur la place
Le coup de cœur de GiesbertPhilippe Ségur le Toulousain signe un roman, dont l'intrigue plonge dans les méandres du « pays perdu » : une Albanie qui a séduit Franz-Olivier Giesbert et son café littéraire.
Ils sont brillants, à vous ôter l'envie d'écrire la moindre liste de courses pendant dix ans. D'un côté Franz-Olivier Giesbert, directeur de la publication du Point, FOG pour ses intimes, de l'autre Philippe Ségur, regard vert, sourcil ombrageux, un air de ténébreux tout droit sorti d'un roman de Gracq.
« Philippe Ségur est un romancier bizarre que j'aime depuis le premier livre. Il a un ton bizarre, des qualités uniques qui font qu'il n'a pas la place qu'il devrait avoir dans le paysage littéraire », explique Franz-Olivier Giesbert, qui a fait du romancier toulousain né dans le Tarn, son coup de cœur du Point. Touché« Je suis très touché de voir autant de monde un vendredi, sur un salon du livre et, pourtant, Dieu sait que j'en fréquente. C'est ma première visite à Nancy, un vrai plaisir », répond Ségur, qui, très vite, entre dans le vif de son roman. On est loin de la « Métaphysique du chien », de la « Poétique de l'égorgeur » ou même de « Seulement l'amour » trois des succès de Ségur. Avec « vacance au pays perdu », on entre de plain-pied dans l'univers foisonnant d'un homme qui veut rompre avec le système et qui s'embarque pour l'Albanie. Un vrai pays de légende, secret, sans touriste, refermé sur son histoire comme dans une armure soviétique mal fendue :« J'ai le souvenir du regard de mes amis lorsque je leur ai dit que je partais là-bas, entre effroi et consternation, voire un peu de pitié. On a même essayé de me dissuader. J'ai découvert un peuple simple, accueillant, généreux ». Ségur la joue modeste, voyageur timide dans un pays où même Tintin n'irait plus. Mais il cache bien son jeu. L'auteur enseigne le droit constitutionnel, c'est un vrai spécialiste des relations internationales, qui a signé un pavé de thésard consacré aux « Relations du pouvoir politique et du temps ». L'Albanie n'est pas choisie par hasard dans le jeu fictionnel qui l'amène à Nancy.« Pourquoi écrivez-vous ? », lui demande le patron du Point. « J'écris depuis l'âge de 11 ans, c'est le signe d'une inadaptation à la société. Un refuge de l'imaginaire. L'écriture est un jeu qui permet de faire partager une vision du monde. La politique, les problèmes sociaux, les comportements me passionnent » explique Ségur, qui cite parmi ses maîtres, l'Allemand Hermann Hesse et Herbert Georges Wells, le Britannique fou d'anticipation, dans lequel le romancier toulousain puise « des qualités de visionnaire. Ce ne sont pas ses romans de science-fiction qui m'intéressent, mais sa capacité à faire partager une vision ». Adieu SartreQuand Giesbert relance le débat sur la crise du roman en France, et l'absence de grands auteurs capables de porter la littérature au niveau où Céline, Giono, Proust, Sartre ou Camus l'ont laissé, Ségur n'y va pas par quatre chemins. Il reprend la voix du professeur de philosophie politique : « La littérature avait le pouvoir de changer le monde. On sait bien aujourd'hui qu'elle ne peut plus jouer ce rôle, qu'elle s'est effacée au profit d'autres acteurs qui ont repris le flambeau », lâche Philippe Ségur. Sans amertume, sans froideur, avec cette évidence de professeur, qui ferait de la littérature pour échapper à la banalité cynique du nouvel ordre mondial. Pascal SALCIARINI20/09/08 |
![]() Franz-Olivier Giesbert accueille pour le café-littéraire, un surprenant Philippe Ségur. Brillant dialogue au sommet et vraies questions littéraires. Photo Michel FRITSCH
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