Malgré les multiples mises en garde, le président de la Banque centrale européenne devrait annoncer aujourd'hui un relèvement des taux d'intérêts du crédit. L'argent prêté aux banques passerait à 4,25%.
« Nous, banquiers centraux, portons une lourde responsabilité. Si nous ne sommes pas déterminés, alors il y a un risque que l'inflation explose... » Répondant par avance à hier aux responsables politiques qui avaient mis en doute la pertinence d'une hausse des taux directeurs de la BCE, Jean-Claude Trichet, son président, s'est à nouveau montré déterminé à augmenter d'un quart de point son principal taux directeur aujourd'hui. L'argent prêté aux banques qui le transforment en crédits pour les entreprises et les particuliers passerait alors de 4% à 4,25%.
Eviter un dérapage
La BCE entend combattre ainsi les risques de propagation à l'ensemble de l'économie de l'inflation importée avec le pétrole, dont les cours ont doublé en un an, et des autres matières. C'est aussi une façon de montrer qu'elle veille attentivement à la stabilité de la monnaie en prenant les devants pour que le choc des 4% d'inflation ne se transforme pas en dérapage général des prix à l'intérieur de l'Union, dérapage qui pourrait dégénérer en spirale infernale de hausses prix-salaires plus difficile à stopper. Sa mission est en effet de veiller à ce que les prix soient stables, c'est-à-dire qu'ils n'évoluent pas au-dessus de 2% de hausse par an dans la zone euro. Début juin, elle avait déjà procédé à un léger resserrement des vannes du crédit. Deuxième ajustement, elle devrait cette fois légèrement remonter le prix de cette manne déjà plus rare. Mais cette politique d'argent moins facile pour refroidir l'activité tombe au plus mal à un moment où les économies des quinze pays de la zone euro commencent à envoyer de signaux de ralentissement. Le crédit plus cher ne va pas faire l'affaire du secteur de l'immobilier au bord de la crise avec de moins en moins d'acheteurs. Pas plus que celui des industriels ou du secteur des services qui se plaignent régulièrement de leur perte de compétitivité sur les marchés extérieurs du fait d'un euro trop fort.
Inflation / croissance
C'est le sens des mises en garde des derniers jours : « La BCE doit se poser la question de la croissance économique en Europe et pas simplement de l'inflation », selon la formule de Nicolas Sarkozy ou introduire une « certaine flexibilité » dans sa façon de conduire sa politique anti-inflationniste, selon celle du chef du gouvernement socialiste espagnol José Luis Rodriguez Zapatero. Des mises en garde contre-productives. Les économistes n'imaginent pas que la BCE paraisse entacher sa crédibilité en faisant marche arrière. Ou donner l'impression que l'institution indépendante puisse céder aux pressions politiques.
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Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, ne veut pas céder aux pressions des politiques.
Photo AFP